M’Baye Touré : « Je suis le meilleur recruteur de la Guinée »

lassiAujourd’hui pierre angulaire du succès du Horoya A.C depuis son arrivée en 2011 au poste de Manager Général Chargé du recrutement, M’Baye Touré est connu pour ne pas faire avec la langue de bois. Dans un entretien exclusif qu’il nous a accordé, l’ancien chargé de communication du Syli National de Guinée a fait le point sur le mercato qui s’annonce animé au sein de son club, mais également sur les distorsions dont il est souvent accusé d’être le coupable par les siens au sein de sa direction.

100% FOOT : Bonjour M’Baye ! Votre club est champion pour la quinzième fois de son histoire, la quatrième sur ces cinq dernières saisons. On peut parler d’hégémonie désormais ?

M.T : Tout à fait. C’est un sentiment de fierté pour moi, parce que depuis que je suis arrivé aux affaires, je pense que chaque année je remporte des titres. Donc au jour d’aujourd’hui être champion et sortir en Ligue des Champions, il n’ya pas plus honorable pour un recruteur. L’année dernière le titre de champion nous avait fuit sur la table, et non sur le terrain à cause du cumul de cartons d’Aboubacar Camara « Gal ». Mais finalement cette année, c’est très logiquement qu’on remporte de nouveau ce titre de champion. Je suis donc très content, en ma qualité de responsable de la cellule de recrutement du Horoya.

100% FOOT : A vous entendre on a l’impression que ces différents titres du Horoya sont bâtis au tour de vous. Avez-vous le sentiment d’être la pièce maîtresse du succès du Horoya ?

M.T : Non, je ne dirai pas que je suis la pièce maîtresse. Vous savez un club peut avoir un grand président avec de grands moyens, mais si ce dernier n’a pas un bon recruteur je pense que ça sera extrêmement difficile pour ce club de réussir. Je prends l’exemple de Monsieur Grenier (ancien président de l’Atlético de Coléah) qui a mis beaucoup de moyens à Tico, mais il n’avait pas un bon recruteur et, on a vu, ils n’ont jamais gagné un titre.  La chance que moi j’ai c’est que j’ai derrière moi un président qui connait les rouages du football, qui me donne aussi les moyens de ma politique. C’est ce qui fait que je me donne à fond sur les terrains du mercato, car j’ai quelqu’un qui finance et on sait que c’est plus facile pour un recruteur lorsque tu as les moyens de ta politique. Ces moyens de ma politique c’est grâce au président Antonio Souaré à qui je rends un hommage, car sans lui je pense que je n’aurai pas pu faire tous ces transferts effectués jusqu’à présent. Donc en grande partie, c’est à lui que revient tout le mérite. Car je pouvais être un bon recruteur, mais si je n’avais pas un grand président qui met les moyens, je n’aurai pas réussit ce que j’ai fait. Le meilleur recrutement pour moi, c’est d’abord Antonio Souaré, et après viennent les joueurs.

100% FOOT : En voyant le panel de joueurs que vous avez recruté, on sent que vous avez un oeil aiguisé, ce qu’on n’a pas l’habitude de voir en Guinée. Quel est votre secret ?

M.T : Aujourd’hui quand les gens me disent que je suis le meilleur recruteur du pays, je préfère le prendre avec beaucoup de philosophie. C’est simple, moi je travail beaucoup, je regarde les tournois dans les quartiers, je me déplace un peu partout. Ma première année dans le Horoya j’avais demandé au président à ce qu’on signe Fodé Camara « Kuffour », et aujourd’hui les évènements me donnent raison. Quand j’ai vu « Kuffour » jouer la CAN j’étais très fier, puisque voilà un joueur que j’ai fait venir alors que les anciens dirigeants du Horoya le courraient derrière depuis plusieurs saisons. Aujourd’hui sur le plan international, c’est l’un des meilleurs défenseurs guinéen. Et tant mieux pour le football guinéen. Le secret de ce que je fais, c’est d’aimer d’abord le football. Ça fait vingt ans que je suis dans ce milieu, et je me trompe rarement sur un footballeur. La preuve est que le président a voulu prendre certains joueurs étrangers à un moment donné mais je n’avais pas approuvé, et aujourd’hui ces joueurs là sont venus dans des clubs de la capitale et le président a fini par me donner raison. Je sais que le président a énormément confiance en moi. Le cas de « Trezeguet » par exemple. Je l’avais vu au Satellite F.C qui l’avait déjà déniché avant nous. J’ai profité de l’arrivée de Théophile Bola dans le secteur de la formation du Satellite pour lui dire qu’il fallait que le joueur vienne au Horoya car c’est un joueur d’avenir. Et aujourd’hui il est en train de le prouver. Ne soyez pas étonnés que dans deux ans il soit le meilleur avant centre de notre pays, puisqu’il a toutes les qualités pour.

100% FOOT : Dans un entretien récent accordé à notre média, votre président parlait de libérer certains joueurs « pour service rendu ». Etes-vous  dans la même logique qu’Antonio Souaré sur ce point ?

M.T : Oui, je suis d’accord. Vous savez « Kuffour » n’a plus rien à prouver. Il a tout gagné sur le plan national. C’est comme Ben Youssouf, ou encore Dipita qui a eu des trophées lorsqu’il est venu. Donc aujourd’hui s’ils partent ils iront avec quelques trophées dans les bagages. Donc oui, nous devons être reconnaissants vis-à-vis d’eux et qu’on leur permette d’aller prêter leur service ailleurs. Si on prend Ben Youssouf qui a longtemps joué au sein du H.A.C, s’il veut prétendre à une place de titulaire au sein de l’équipe nationale, il peut bien sûr l’obtenir en restant au Horoya, mais la tâche sera moins compliquée s’il parvenait à rejoindre l’étranger. Dipita c’est un joueur d’expérience qui a tout donné au niveau du Horoya, et je ne doute pas un seul instant des qualités qu’il a pour réussir en Europe. J’en parle souvent au président, puisque ces joueurs là s’appuient souvent sur moi pour qu’on discute avec le président. Et il ne faut pas oublier qu’à cela s’ajouteront les joueurs que nous serons obligés de libérer en fin de saison. La liste n’est pas encore faite, donc je ne peux pas citer de nom.

100% FOOT : Quelques noms ? Aboubacar Camara « Gal » est souvent cité dans les rumeurs, vous confirmez ?

M.T : Non ! Gal est un cadre de l’équipe. Aujourd’hui il a retrouvé la plénitude de sa forme, et je pense que c’est un garçon qui peut encore beaucoup apporter au club. Mais s’il a des contacts ailleurs le président le laissera partir. Sauf envie de la part du joueur, sinon le Horoya compte le garder. C’est un très bon joueur et, au-delà du terrain, c’est un cadre, c’est un leader dont la voix passe bien dans le vestiaire. Et vous savez qu’on aura besoin de joueurs cadres et d’expérience pour la campagne africaine. Moi personnellement, je n’aimerais pas le laisser partir. A moins qu’il ne me signifie lui-même son envie de partir.

100% FOOT : Vous n’avez pas peur que cette politique de remerciement pour service rendu ne se retourne contre votre club ? Que l’équipe perde en qualité, surtout pour les compétitions africaines…

M.T : On a des joueurs d’expériences qui sont aussi là et qui vont rester. On a Paul Koulibaly, Ange Barési qui sont là et qui sont des joueurs d’expérience ; puis que le premier a joué une finale de CAN avec le Burkina Fasso, et le second a longtemps été le capitaine de l’équipe nationale locale de Côte d’Ivoire. Et si Ben arrivait à partir au même moment que Fodé Camara, moi j’ai un défenseur international (Ivoirien) qui est en fin de contrat dans un club que je vais faire venir. Il nous faudra également un avant centre, un tueur devant ce qui nous manque aujourd’hui qui va être associé à Ocansey Mandela et Dipita au cas où le Camerounais resterait avec nous. Il y’a aussi Ibrahima Sory Camara « Drogba » qui a retrouvé la grande forme. Il y’a aussi d’autres attaquants comme Almamy qui a été prêté au Satellite F.C et qui ne cesse de montrer de quoi il est capable.

100% FOOT : Des pistes à donner en attaque ?

M.T : Pour le moment je préfère un attaquant sur le plan national. Il nous faut deux avants centres encore. Un sur le plan national, et un autre d’expérience sur le plan international. Pour le moment je ne vais pas donner de noms, puisque le président préfère qu’on travaille sans faire de bruits. Je peux juste vous dire que sur le plan local on est sur un attaquant qui évolue dans un club qui ne joue pas le titre, et sur le continent on est sur un avant centre nigérian qui évolue dans un championnat sub-saharien.

100% FOOT : On vous sait très proche de votre président Antonio Souaré. Quelles sont les natures réelles de vos relations ? Elles vont au-delà du football ?

M.T : D’abord il n’ ya que le travail qui me lie avec la direction du Horoya. Moi je suis là pour faire mon travail. Maintenant en ce qui concerne le président, ca va au delà du travail. C’est d’abord quelqu’un qui me considère comme son fils, et il n’hésite pas à le dire à qui veut l’entendre. J’ai souvent été accusé à tord par plusieurs personnes, je n’avais pas les mains libres pour travailler il faut avoir le courage de le dire. J’en ai parlé au président, et il m’a donné carte blanche pour mener à bien mon travail. Et aujourd’hui tout marche bien pour moi ici. Je m’entends bien avec l’entraîneur Lappé Bangoura aujourd’hui. Il y’a eu une période de froid, c’est vrai. Mais moi je me suis déplacé chez lui, en tant que petit frère, et aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre. C’est quelqu’un qui m’apprécie énormément et ça je le sais. Donc au-delà du football c’est quelqu’un que je respecte beaucoup. Et il faut rappeler que c’est tout simplement l’entraîneur le plus titré de notre championnat, et que c’est tout simplement le meilleur entraîneur guinéen. Je suis très content pour lui, et comme l’a dit le président, lui et moi on peut former un duo gagnant. Je lui souhaite bonne chance d’ailleurs pour le CHAN et il pourra toujours compter sur mes services. Vous savez je suis quelqu’un de très entier. Je dis les choses comme elles sont.

100% FOOT : Justement, vous êtes beaucoup taxé d’homme rebelle par quelques membres de votre direction. Vous trouvez ces remarques justifiées à votre égard ?

M.T : Vous savez lorsque je venais juste d’arriver au Horoya, j’ai directement su que je ne faisais pas l’unanimité. Il faut avoir le courage de le dire. Mais le président a tout de suite remis les pendules à l’heure, le jour même de ma présentation. Moi je suis quelqu’un qui ne me laisse pas marcher dessus. Titi Camara qui a été mon Ministre des Sports peut le témoigner, lorsque j’ai quelque chose à dire je le dis, voilà. J’ai un franc parler que je garderai jusqu’à la fin de mes jours. Le président Antonio sait que je suis quelqu’un qui ne mâche pas ses mots, que je suis quelqu’un de très honnête également. Mon problème peut être c’est que je ne sais pas faire semblant. Lorsque je suis accusé de quelque chose je ne peux pas le digérer gratuitement. C’est sûrement à cause de tout cela qu’on me taxe souvent de rebelle. Moi je sais que je ne le suis pas, mais je ne me laisse pas marcher dessus, oui. Vous savez, je suis un peu un enfant de la rue. J’ai quitté mes parents à l’âge de 5 ans, je me suis fabriqué tout seul donc je sais ce que je vaux. En ma qualité de recruteur, je sais au jour d’aujourd’hui sans pour autant chercher à me la jouer, en Guinée en tout cas, je suis le meilleur recruteur. Qu’on le dise ou pas, je le sais !

100% FOOT : Aujourd’hui, peut-on dire que tout va bien dans la direction du Horoya ? Les relations sont au beau fixe entre vous et les autres membres qui composent cette direction ?

M.T : Tout va bien ! Le président m’a dit de fermer les yeux, et de ne pas écouter tout ce qu’on peut raconter derrière moi. Je sais que quand tu n’es pas fort, on ne parle jamais de toi. Il n’ ya aucune animosité entre moi et quelqu’un. Au niveau des joueurs également. Maintenant il peut y avoir une certaine jalousie, mais la vie est ainsi faite. Moi je ne regarde pas derrière, je fais mon travail et j’avance tranquillement. Je sais juste qu’à travers mon travail les gens sont obligés de m’aimer. Parce qu’aujourd’hui quand tu vois un Ocansey Mandela étincelant sur un terrain tu es obligé de m’accepter parce que c’est moi qui l’ai fait venir. Quand tu vois un Khadim N’Diaye, pareil. Tu peux donc ne pas aimer Lassissi (surnom porté par M’Baye Touré), mais tu vas reconnaître le bon travail que j’ai fait. Pas pour la direction du Horoya, mais pour le Horoya, pour le président. Je suis très content de mon travail, c’est pourquoi d’ailleurs certains clubs me courent derrière. Je pense que si je n’étais pas bon, je n’aurai aucune sollicitation.

100% FOOT : Revenons sur le terrain. Le Horoya rêve de devenir un grand club africain dans les années à venir. La dernière campagne africaine n’a pas été une franche réussite. Qu’est-ce qui selon vous explique ces échecs à répétition de votre club ?

M.T : Moi je pense qu’à un moment donné il y’a eu trop de remue-ménage au niveau du Horoya. On n’a pas travaillé dans la continuité. Il y’a aussi la préparation qu’on avait faite au Maroc qui n’était pas digne du nom. Et tout cela s’est répercuté sur nos prestations en coupe de la CAF. Contrairement à ce que j’entends, l’entraîneur Lappé Bangoura n’a rien à voir avec cette élimination puisqu’il a pris le train en marche. Moi je pense que ce sont donc là des trucs qui ne doivent plus se répéter. Il y’a également eu un manque de professionnalisme au niveau de l’administration. Moi je ne peux pas comprendre qu’un joueur comme Mandela ne puisse pas être qualifié pour jouer les matchs. Et ça c’est de la faute à l’administration car il n’ ya pas eu de suivi. Je pense que la fédération également aurait pu mettre la pression au club pour que le C.I.T du joueur arrive parce que c’est un joueur avec un statut professionnel. Car moi je reste encore convaincu que si Mandela s’était ajouté aux autres, on se serait qualifié.

100% FOOT : Vous avez pensé à remédier à cela pour que les prochaines échéances qui vous attendent soient des réussites au niveau du club, mais aussi pour le football guinéen ?

M.T : Moi j’en ai parlé personnellement au président. Je lui ai dit que s’il veut que le Horoya se qualifie pour les phases de groupe, il ne faudrait pas avoir d’état d’âme ! Il faudra mettre les hommes qu’il faut, à la place qu’il faut. C’est-à-dire qu’au niveau de la direction du club, comme au niveau de l’encadrement que chacun fasse son travail. Et aussi au niveau de la préparation qu’on prenne un bon mois, partir dans un pays où on va se regrouper avec des séances d’entraînements intenses, et surtout beaucoup de matchs amicaux pour garder les joueurs en jambe.

100% FOOT : M’Baye, vous êtes un enfant de Kaloum. On sait que Bouba Sampil a voulu de vous au cours de la saison. Récemment votre président a chargé les dirigeants de l’ASK (interview à retrouver sur notre site) affirmant que ces derniers « ne connaissent pas le football ». Etes-vous d’accord avec les propos de votre président ?

M.T : Ecoutez, moi je respecte le Kaloum. Je me sens redevable à ce club, car c’est un club qui m’a aussi fabriqué. Il faut avoir le courage de le dire. Je suis très reconnaissant envers les supporters de ce club. J’ai un très grand respect pour la ville, et les gens de Kaloum. Maintenant en ce qui concerne les dires de mon président, je ne peux que le soutenir dans tout ce qu’il avance. Avant tout c’est un homme intègre, quelqu’un qui fait beaucoup pour le football guinéen. C’est vrai qu’il y’a certaines pratiques qui doivent disparaître de notre football, mais ça c’est à tous les niveaux pas seulement au niveau de Kaloum. Maintenant moi je ne vais pas polémiquer, je suis un simple recruteur et je m’occupe de mon domaine.

100% FOOT : Une promesse pour vos supporters la saison à venir ? Des titres, des grands noms qui vont signer ?

M.T : Tout ce que je peux dire aux supporters, c’est que l’année prochaine nous serons en phase de poule de Ligue des Champions. Aujourd’hui on a l’expérience des différents échecs que nous avons eu. Je sais que ça passe par énormément de sacrifice, mais je ferai tout pour qu’on y arrive.

100% FOOT : Merci M’Baye

M.T : Merci

 

Propos recueillis par Alpha BALDE

Twitter : @alphabalde91

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