Pascal Feindouno : « N’avoir rien gagné avec le Syli, restera toujours une grosse déception »

A 35 ans, Pascal Feindouno, reste après Dian Bobo Baldé, le plus beau palmares d’un footballeur guinéen. Champion de France en 1999 avec les Girondins de Bordeaux, vainqueur de la Coupe de France avec Lorient, trois ans plus tard, le joueur le plus capé du Syi National poursuit toujours son petit bonhomme de chemin.

Après ses années fastes dans le « Forèze » avec le maillot vert de Saint-Etienne, « Pasky » met au profit sa justesse technique dans un championnat beaucoup moins huppé (la Lituanie). Mais avec l’Atlatis Klapedia, l’ « ex » international guinéen clame toujours son envie de jouer, malgré une fin de carrière remplie d’embûches. Avec son sourire éternel, l’immortel de Bordeaux nous a accordé un entretien dans lequel il dit tout ce qu’il pense…

Centpourcentfoot.net : Bonjour Pascal !

Pascal Feindouno : Bonjour

100% Foot : Alors, Comment va Pascal Feindouno aujourd’hui…?

P.F : Il va très bien. En pleine forme !

100% Foot : Tu évolues en ce moment en Lituanie. Racontes-nous un peu ta situation du moment…

P.F : Je suis sur Saint-Etienne pour me soigner. Mais là ça va mieux. J’avais un peu mal au genou, mais là ça va. Ils m’ont fait des infiltrations, et puis c’est bon.

100% Foot : On va rentrer dans le vif de l’entretien. Un retour en arrière dans ta carrière. Si on te dit, le 12 Décembre 1998. ça te fait penser à quoi ?

P.F : (petite hésitation) Je crois que si j’ai une bonne mémoire, ça doit être mon premier match en professionnel. C’était contre le Havre je pense, et on avait gagné 3-0. On oublie jamais une première (rire).

100% Foot : Alors, racontes-nous ce moment unique dans ta carrière…

P.F : A l’époque j’étais jeune, et dans le groupe il n’ y’avait que des internationaux donc je n’avais pas vraiment ma place. Mais j’étais très content pour ce premier match, car a m’a donné envie de continuer à bosser derrière. Quand tu joues avec les grands, tu apprends toujours.

100% Foot : Quelques mois plus tard, tu marques le but décisif de la saison. Doublé de Sylvain Wiltord, vous êtes à deux buts partout, tu mets ce but que tout une ville attendait, à ton âge, face au PSG…

P.F : C’est sûr ! En plus je ne m’attendais même pas que le coach allait me faire entrer sur le terrain. Mais avec un peu de chance, et la confiance de l’entraîneur, c’était le déclic pour moi.

100% Foot : Les marseillais pensent toujours que Paris vous a offert ce titre, vu la rivalité entre les deux clubs. Tu en penses quoi ?

P.F : Pour eux, oui. Mais pour moi, c’est claire que c’est non. Parce que le match, nous on l’a joué à fond. J’entends toujours des gens dire que ce match était vendu, les parisiens ne mettaient pas le pied, mais moi je dirai toujours que c’était mérité au vu de notre saison.

100% Foot : A présent parlons d’un homme très important dans l’évolution de ta carrière. Il te lance en Ligue1, t’ envoie gagner la Coupe de France à Lorient, te ramène à Saint-Etienne dans ses valises. Quelles sont tes relations encore aujourd’hui avec Elie Baup ?

P.F : En ce moment on est pas en contact. Mais bon, on a des amis en commun, donc j’arrive à avoir de ses nouvelles à travers ces derniers. Sinon, Elie Baup, pour moi c’est un père spirituel.

100% Foot : Quelle image retiendrais-tu de toute ton aventure française ? On rappel le titre de Champion de France avec Bordeaux, la Coupe de France avec Lorient, le retour en Europe, vingt-six ans après avec Saint-Etienne…

P.F : C’est quand on a été champion de France avec Bordeaux. En plus en ce moment, je n’avais pas de contrat professionnel donc ça c’est exceptionnel. En plus derrière, c’est moi qui marque pour donner la victoire… C’est le plus beau pour moi. On ne peut pas oublier ce moment de sa vie.

100% Foot : D’ailleurs est-ce que tu es depuis reparti à Bordeaux, dans la ville ? Si oui, les gens viennent te parler de ce titre, ce but ?

P.F : Bien sûr ! Il y’a pas plus tard qu’un mois, j’étais à Bordeaux pour voir ma fille qui y réside. Donc je m’y rends de temps en temps, oui.

100% Foot : En 2008, tu surprends tout ton monde, tu signes au Qatar. Un choix de carrière très contesté par les guinéens. Tu les comprends ?

P.F : Oui, j’imagine. Après le choix reste le choix. J’avais choisi de partir là-bas, et on parle plus. Voilà ! Je sais que les gens en parlent encore, en disant « Pasky » t’étais en forme, et tu pars gâché ton talent là-bas. Mais moi je dis que c’est comme ça le foot.

100% Foot : Pour toi, ils ont eu raison de te critiquer ? Du moins ton choix…

P.F : ça reste la pensée des supporters. Après c’est moi qui joue, et c’est moi qui gère ma vie sportive. J’aurai peut-être du partir dans un autre grand club, mais c’est le destin.

100% Foot : Pourtant ce n’est pas par manque de talent. On te surnommait même le « Zidane Black ». Et pourtant, jamais tu n’as évolué dans un top club de ta carrière…

P.F : Je l’ai dit tout à l’heure, c’était mon chemin. Moi dans ma tête, c’est claire et net qu’il ne faut jamais avoir de regret.

100% Foot : On reproche très souvent aux footballeurs guinéens d’être beaucoup moins ambitieux que leurs amis du continent. Les exemples d’Aubameyang, de Sadio Mané en attestent. Tu es d’accord si on te disait que ta carrière reflète un peu cette vision là de la carrière de nos joueurs ?

P.F : Moi je n’ai pas de regret sur cela. Mais comme je le disais tout à l’heure, chaque joueur ou chaque personne a un chemin. Et à un moment donné, il faut le comprendre. Après d’un côté, c’est vrai que quand tu écoutes bien ce que les gens disent, tu dis « merde ». Mais bon, c’est comme ça ! Il y’a des joueurs qui commencent mal leur carrière, mais qui la finissent bien, et vice-versa. C’est la loi de la vie.

100% Foot : Si on résume bien, pour toi, pas de regret de n’avoir pas signé dans un grand club, dans ta carrière…

P.F : Non, pas de regret ! J’aurai pu à un moment donné. Mais bon quand tu es sous contrat, et qu’à l’époque on te disait tu ne signes pas là, parce qu’ils ne proposent pas assez d’argent, et qu’après le Qatar se présente et qu’on te dise oui. Et à un moment donné, il faut aussi penser à ta tête. Et je me suis dit, partir là-bas pour l’argent, pourquoi pas. Il faut aller voir.

100% Foot : On va parler d’un jour qui aurait pu ne jamais nous faire rencontrer. 18 Mai 2014, tu tombes. Malaise cardiaque…

P.F : D’abord aujourd’hui, tout va bien pour ma santé. C’était un match FC Bâle-Lausanne Sport, si je ne me trompe pas. A la fin du match, dans les vestiaires, je sens une petite douleur. Ensuite, j’ai eu très mal. J’ai appelé le médecin de l’équipe, en lui disant que j’avais très mal à la poitrine. Ils m’ont posé des questions sur ma respiration. On me pinçait la peau pour voir si je n’avais pas un problème cardiaque. C’est ensuite qu’ils ont alerté les docteurs au tour du stade, et l’ambulance était derrière les vestiaires. Ils m’ont évacué à l’hôpital. Je vais apprendre par la suite que c’était les veines qui étaient bouchées. J’ai passé l’opération, et tous les soins. Et comme je le disais, aujourd’hui ça va bien. J’ai repris le foot, et tout fonctionne. Après le problème en France, les clubs hésitent quand tu as eu un problème cardiaque.

100% Foot : Dans beaucoup de tes interviews depuis cet évènement, tu parles beaucoup de cet aspect là. Notamment à Sedan tu ne signes pas au club, car le docteur refuse de donner un avis favorable. Es-ce que tu en veux au monde du foot français en général, vu tout ce que tu as apporté à la Ligue1 ?

P.F : Un peu, oui. Après, je me dis que c’est le système qui veut ça. En France, peut-être qu’aucun joueur ne peut jouer avec un problème cardiaque. Mais à l’étranger par contre, il y’a des joueurs qui ont eu pire que moi, mais qui jouent ou ont joué.

100% Foot : Ensuite, tu trouves la force de revenir. Tu as toujours clamé ton envie de jouer. Tu ne t’es jamais dit que « ça y’est, stop, j’arrête »…

P.F : Franchement, jusqu’à présent, non ! Mon corps il tient, donc je ne vais pas arrêter de suite. Je vais continuer jusqu’à ce que mon corps me le réclame. Je reste toujours en forme, et je m’entraîne avec les potes. Je vais à l’hôpital faire mes contrôles. Donc pourquoi pas continuer ! Même si on m’appelle aujourd’hui en sélection de Guinée, je peux répondre présent…

100% Foot : Comme au football, tu anticipes l’adversaire. On va donc parler de l’équipe nationale de Guinée. Toi, Fodé Mansaré, Souleymane Youla, pour ne citer qu’eux, personne de vous n’a pris officiellement sa retraite avec le Syli. Tu penses être toujours sélectionnable ?

P.F : Je pense que oui. Après je connais un peu la mentalité des guinéens. Une fois que tu dépasses la trentaine, on dit que tu es vieux. Alors que c’est faux, je pense. Car c’est là où tu as de l’expérience à donner. Et ils oublient que quand tu es sélectionné, peut-être qu’avec ton parcours, l’équipe en face aura un peu peur en se disant qu’ils ont pris les anciens. Il faut pas oublier qu’on peut aussi encadrer les jeunes, ce qui est très important. Dans un club, ou dans une équipe nationale, s’il y’a un ancien expérimenté, il peut aider le groupe.

100% Foot : Tu es déçu de la façon dont l’aventure s’est visiblement terminée avec le Syli ?

P.F : ça fait un peu mal, c’est vrai. Mais je sais que les guinéens ne sont pas méchants. Moi, aujourd’hui on me sélectionne, ils oublient tout. Un Guinéen, il pense à tout de suite, maintenant. Plus tard, il oublie, il pense pas à cela.

100% Foot : Et le staff, la fédération, tu les en veux de ne vous avoir pas fourni d’explication…

P.F : Je ne les en veux pas du tout. C’est leur fonctionnement. Après c’est vrai qu’il y’a beaucoup de trucs à changer, mais bon on espère que ça viendra avec le temps.

100% Foot : Dans ces « trucs » à changer, on ne te voit pas proche de l’équipe. Tu fais quelques chose en coulisse pour le Syli ?

P.F : Quelques fois je parle avec certains joueurs. Kaba j’ai joué avec lui à Bordeaux, il est maintenant dans le staff, et avec lui j’arrive à parler avec des joueurs, des dirigeants. Notamment le coach du moment, Lappe, qui a été mon entraîneur quand j’étais en cadet, junior…

100% Foot : Malgré votre belle génération avec le Syli, ton palmarès est vide avec le Syli. Un regret, forcément ?

P.F : C’est sûr ! ça restera toujours une déception dans un coin de ma tête. C’est vrai qu’à l’époque, et même aujourd’hui, la Guinée a toujours eu de bons joueurs. Mais ce n’est pas fini, il peut toujours y avoir une surprise.

100% Foot : Avec un oeil extérieur, quel regard poses-tu sur ce Syli actuel ?

P.F : J’ai des échos. On me parle de l’équipe nationale. Mais c’est qu’il manque quelque chose. Je ne sais pas quoi, ni pourquoi. Peut-être le discours, mais il y’a un truc qui manque. Sinon on a de très bon joueurs, et on peut aller loin. Il y’a le Sénégal à côté, le Mali, et pourquoi pas nous. Je ne comprends pas cela. Mais bon, peut-être qu’à un moment, il y’aura un changement. Mais j’attends de finir ma carrière. La Guinée reste un grand nom du football du continent, donc on ne doit pas être dans cette situation. Quand ça va pas, à un moment donné, il faut s’impliquer. Je ne dirai pas que c’est honteux, mais c’est frustrant.

100% Foot : Un pronostic pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018. Un début compliqué, mais tu les vois aller en Russie ?

P.F : Tant que ce n’est pas fini, il ne faut pas se décourager. Il peut y avoir du changement sur le chemin. C’est ma devise, ne rien abandonner, et tout donner.

100% Foot : Ton dernier mot, Pascal…

P.F : Pascal est en bonne santé. Il continue sa carrière, pour un an encore peut-être. Et ensuite, il se projettera à l’avenir, peut-être, avec le Syli National.

100% Foot : Merci pour ce moment, Pascal !

P.F : Merci à toi, et bonne chance !

Entretien réalisé par Alpha BALDE et Souhila Latreche

@alphabalde91

 

 

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